Etre en congés ne veut pas toujours dire être en repos

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🤔 Le droit à la déconnexion ne protège pas seulement l’absence de mails : il protège aussi la possibilité de décrocher mentalement du travail, de récupérer et de retrouver un vrai repos.
« Tu es en congé, profites, décroche un peu »
Oui.
Mais parfois, le corps est en congé et le cerveau, lui, n’a pas encore décroché.
Le travail s’est arrêté. L’ordinateur est éteint. Les réunions sont terminées. La notification d’absence mail activée.
Et pourtant, quelque chose continue.
👉Une pensée qui revient.
👉Un échange qui tourne en boucle.
👉Une check-list mentale en boucle et la peur d’avoir oublié quelque chose.
👉Une sensation d’être encore “en mode travail”.
Pour certaines personnes, entrer dans le repos est assez rapide. La coupure se fait presque naturellement.
Pour d’autres, notamment certaines personnes neuroatypiques, ce passage peut être beaucoup plus long.
Non pas parce qu’elles ne veulent pas se reposer. Mais parce que récupérer demande parfois plus qu’un arrêt officiel de l’activité.
👉Il faut décompresser.
👉Redescendre.
👉Séparer les espaces.
👉Sortir de la compensation.
👉Retrouver ses repères.
Et parfois, seulement après plusieurs heures ou plusieurs jours, le repos peut réellement commencer.
🔎Droit à la déconnexion : le repos n’est pas seulement l’absence de travail
Dans les recherches en psychologie du travail, on parle de récupération, mais aussi de détachement psychologique.
Ce détachement correspond au fait de ne plus être mentalement occupé par le travail pendant les temps hors travail.
Autrement dit, ne pas seulement être loin du bureau.
Mais aussi ne plus être pris dans les pensées, les tensions, les urgences ou les problèmes liés au travail.
C’est une nuance importante.
Parce qu’une personne peut être chez elle, en week-end ou en congé, tout en restant mentalement au travail.
👉Elle ne répond plus aux mails, mais elle y pense.
👉Elle ne participe plus aux réunions, mais elle rejoue les échanges.
👉Elle n’est plus devant son écran, mais son cerveau continue à traiter.
👉Et quand le travail continue mentalement, la récupération devient plus difficile.
🔎Quand il faut du temps pour couper
Pour certaines personnes neuroatypiques, les transitions peuvent être particulièrement coûteuses.
Passer du travail au repos.
D’une tâche à une autre.
D’un rythme très structuré à un temps libre.
D’un environnement social à un espace personnel.
D’un état de vigilance à un état de relâchement.
Tout cela peut demander un véritable sas.
👉Le problème, ce n’est pas seulement la fatigue. C’est parfois l’inertie du système.
Le cerveau reste branché. Le corps reste tendu. L’attention reste mobilisée.
Les pensées continuent à chercher ce qui n’est pas terminé, ce qui pourrait arriver, ce qui doit être anticipé.
Le repos ne commence donc pas toujours au moment où l’agenda indique “congé”.
👉Il commence souvent quand le système nerveux comprend enfin qu’il peut baisser la garde.
🔎Autisme et congés : récupérer de la compensation
Pour certaines personnes autistes, les temps de repos servent aussi à récupérer de ce qui a été compensé.
Masquer certaines réactions.
Adapter sa communication.
Supporter des stimulations sensorielles.
Décoder les implicites.
Gérer les interactions sociales.
Répondre aux attentes professionnelles.
Faire “comme si” tout allait bien.
Ces efforts peuvent être invisibles de l’extérieur, mais ils consomment de l’énergie.
La littérature sur le camouflage autistique montre que ces stratégies d’adaptation peuvent avoir un coût important. Et les travaux sur le burnout autistique décrivent une fatigue profonde liée à une accumulation de demandes, à un manque de soutien et à l’écart entre les attentes de l’environnement et les ressources disponibles.
Dans ce contexte, les congés ne sont pas toujours immédiatement reposants.
👉Ils peuvent d’abord être une phase de récupération après une longue période d’adaptation.
Un moment où la personne ne “profite” pas encore.
Elle récupère.
Elle se remet.
Elle reconstitue ses ressources.
🔎TDAH et congés : couper les boucles mentales
Dans le TDAH, l’enjeu peut être différent, mais tout aussi réel.
Les difficultés ne concernent pas seulement l’attention. Elles peuvent aussi toucher la régulation, la planification, l’inhibition, la gestion du temps, les transitions et la capacité à arrêter une tâche au bon moment.
Cela peut rendre la coupure difficile.
Une personne peut être en week-end, mais continuer à penser à ce qu’elle n’a pas terminé.
Elle peut avoir fermé son ordinateur, mais garder mentalement une liste ouverte.
Elle peut vouloir se reposer, mais être parasitée par des rappels, des notifications, des idées, des urgences internes.
Elle peut aussi avoir du mal à reprendre ensuite, parce que le retour implique une autre transition : rouvrir les mails, retrouver les priorités, relancer les tâches, reprendre le rythme.
Le repos n’est donc pas seulement une pause.
👉C’est aussi une question de passage.
Et certains passages demandent plus d’aide, de structure et de temps.
🔎Et le HPI ?
On peut aussi faire un petit détour par certains profils à haut potentiel, avec prudence.
Le HPI n’est pas un trouble neurodéveloppemental et il ne faut pas en faire une catégorie homogène.
Mais certaines personnes décrivant un fonctionnement très analytique, une pensée rapide, un haut niveau d’exigence ou une tendance à l’hyperanalyse peuvent aussi rencontrer une difficulté à mettre le mental en pause.
Ce n’est pas parce que l’on est intelligent que l’on récupère facilement.
👉Parfois, le cerveau sait très bien analyser. Mais il sait moins bien s’arrêter.
🔎Droit à la déconnexion : les pauses, soirées et week-ends comptent aussi
On pense souvent aux congés comme au grand moment de récupération.
Mais la récupération se construit aussi dans les petits temps.
Une pause entre deux réunions.
Une vraie coupure le midi.
Une soirée sans sollicitation professionnelle.
Un week-end sans messages “c’est juste pour anticiper lundi”.
Ces temps courts comptent. Parce qu’ils évitent d’attendre l’épuisement pour récupérer.
👉Mais pour qu’ils jouent leur rôle, ils doivent être réellement protégés.
Une pause avec un téléphone professionnel ouvert n’est pas toujours une pause.
Un week-end parasité par des messages n’est pas toujours un week-end.
Une soirée où l’on anticipe déjà le lendemain n’est pas toujours un temps de récupération.
👉Le repos demande parfois une frontière claire.
🔎Les arrêts maladie ne sont pas des congés
Il est aussi important de rappeler qu’un arrêt maladie n’est pas un temps de vacances.
C’est un temps de soin, de récupération ou de protection de la santé.
Pour une personne neuroatypique en surcharge, en burnout ou en épuisement, l’arrêt peut être nécessaire pour sortir d’un état de suradaptation prolongée.
Mais là encore, la reprise ne devrait pas être pensée comme un simple retour à la normale.
👉Reprendre après un arrêt, c’est retraverser une transition.
Retrouver l’environnement.
Réabsorber les informations.
Reprendre les interactions.
Identifier ce qui a changé.
Retrouver un rythme.
👉Sans sas de reprise, le retour peut réactiver très vite ce qui avait conduit à l’épuisement.
🔎Ce que l’entreprise peut faire pour protéger le droit à la déconnexion
Il ne s’agit pas de considérer que les personnes neuroatypiques ne peuvent pas gérer le travail.
👉Il s’agit de comprendre que la récupération dépend aussi de l’organisation.
Avant un départ en congé, on peut clarifier les priorités, organiser un passage de relais, définir ce qui est réellement urgent et éviter de laisser des sujets flous ouverts.
Pendant les congés, on peut respecter la coupure, éviter les messages, ne pas envoyer de “petites questions” qui réactivent mentalement le travail.
Au retour, on peut éviter de programmer une réunion lourde dès la première heure, laisser un temps de reprise, clarifier les changements intervenus, faire une synthèse de ce qu’il s’est passé durant l’absence et permettre à la personne de retrouver ses repères.
Pour les pauses et les soirées, on peut aussi interroger la culture d’équipe.
Est-ce normal d’envoyer des messages tardifs ?
Est-ce normal d’attendre une réponse pendant un week-end ?
Est-ce normal de valoriser les personnes qui restent mentalement disponibles tout le temps ?
👉Ces pratiques ne sont pas neutres. Elles ont un coût.
🔎Droit à la déconnexion et neuroatypicité : ce qu’il faut retenir
Être en congé ne veut pas toujours dire être en repos.
Pour certaines personnes neuroatypiques, il faut du temps pour couper, récupérer de la compensation, sortir de l’hypervigilance, refermer les boucles mentales et retrouver un état réellement disponible.
Les soirées, les pauses, les week-ends, les congés, les arrêts maladie et les reprises ne sont pas de simples espaces vides autour du travail.
👉Ce sont des temps de régulation.
Et si ces temps sont constamment parasités, la récupération ne se fait pas complètement.
L’entreprise peut alors se questionner : « Quelles conditions vont permettre au salarié(e) de décrocher vraiment, de récupérer et revenir réellement reposé(e) et sans s’épuiser à nouveau ? »
👉Parce que le repos aussi fait partie des conditions de travail. Et parfois, protéger la coupure, c’est déjà protéger la santé.
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Sources scientifiques
• Raymaker, D. M. et al. (2020). Defining autistic burnout.
• Barkley, R. A. et al. (2010). Impairment in occupational functioning and adult ADHD.
• Fuermaier, A. B. M. et al. (2021). ADHD at the workplace: ADHD symptoms, diagnostic status, and work-related problems.
Pour aller plus loin :
Pour replacer l’autisme, le TDAH, les profils DYS et le HPI dans une approche globale du travail.
👉Article Neuroatypicité au travail : comprendre les profils et adapter les organisations
Pour comprendre pourquoi certaines personnes semblent tenir en apparence tout en s’épuisant intérieurement. :
👉Article Camouflage social autisme (masking) : le coût invisible au travail
Pour faire le lien entre accumulation invisible, fatigue mentale et réactions mal comprises.
Pour approfondir les difficultés liées aux transitions, aux boucles mentales et à la reprise après coupure.
👉Article TDAH et gestion du temps : ce que la science appelle la « cécité temporelle »
Pour mieux comprendre les besoins de prévisibilité, de récupération, de lisibilité et de régulation dans les environnements professionnels.
👉 Article Autisme au travail : comprendre les besoins invisibles et adapter l’environnement
FAQ – Récupération au travail et neuroatypicité
Pourquoi les congés ne suffisent-ils pas toujours à se reposer ?
Les congés arrêtent officiellement le travail, mais ils ne coupent pas toujours immédiatement l’activité mentale. Certaines personnes continuent à penser aux tâches, aux échanges, aux urgences ou aux problèmes non résolus. La récupération peut donc commencer plus tard.
Qu’est-ce que la récupération au travail ?
La récupération au travail désigne les conditions qui permettent de restaurer ses ressources physiques, mentales et émotionnelles après une période d’activité. Elle concerne les pauses, les soirées, les week-ends, les congés, mais aussi la manière dont l’organisation protège réellement ces temps.
Quel est le lien entre neuroatypicité et difficulté à se reposer ?
Certaines personnes neuroatypiques peuvent avoir besoin de plus de temps pour passer d’un état de vigilance à un état de repos. Les transitions, la fatigue cognitive, le camouflage social, les boucles mentales ou la surcharge sensorielle peuvent rendre la coupure plus lente.
Pourquoi le camouflage social, aussi appelé masking, fatigue-t-il ?
Le camouflage social, aussi appelé masking, consiste à adapter ou masquer certains comportements pour répondre aux attentes sociales ou professionnelles. Cet effort peut être invisible, mais il demande beaucoup d’énergie et peut rendre la récupération plus longue.
Pourquoi le TDAH peut-il rendre la coupure difficile ?
Dans le TDAH, les difficultés de régulation, de planification, de gestion du temps et d’arrêt des tâches peuvent maintenir des boucles mentales actives. Même en congé, la personne peut continuer à penser à ce qu’elle n’a pas terminé ou à ce qu’elle devra reprendre.
Que peut faire l’entreprise pour favoriser la récupération ?
L’entreprise peut clarifier les priorités avant les congés, organiser les relais, éviter les messages pendant les absences, respecter les temps de coupure et prévoir un retour progressif avec une synthèse claire des informations importantes.
Quel est le lien avec le droit à la déconnexion ?
La question rejoint le droit à la déconnexion, car la récupération suppose de ne pas être sollicité en permanence par les outils professionnels. Protéger les temps sans messages, sans urgences artificielles et sans attentes implicites favorise la santé au travail.
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