Laisse-moi finir ! Pourquoi certaines personnes coupent-elles la parole ?

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🤔 Le TDAH au travail peut créer des malentendus dans la communication, notamment lorsqu’une personne coupe la parole sans intention d’impolitesse.
Introduction
« Oh mais laisse-moi finir ! »
Si vous êtes concerné par le TDAH, ou si vous accompagnez, managez ou vivez aux côtés d’une personne concernée, il y a de fortes chances que cette phrase vous soit familière.
Peut-être en réunion.
Peut-être lors d’un échange avec un collègue.
Peut-être avec votre conjoint, un ami ou un membre de votre famille.
Et peut-être que chaque fois, vous avez ressenti le même décalage.
D’un côté, les autres voient une personne qui interrompt.
Une personne qui coupe la parole.
Une personne qui semble impatiente ou centrée sur elle-même.
De l’autre, la personne concernée vit souvent une réalité très différente.
Une idée qui surgit.
Une association qui apparaît.
Une peur de perdre le fil.
Une envie de participer.
Une difficulté à retenir une pensée suffisamment longtemps pour attendre son tour.
Autrement dit, ce qui est perçu comme de l’impolitesse n’est pas toujours vécu comme tel.
Et c’est précisément ce qui rend le sujet intéressant.
Parce qu’entre le comportement observé et l’intention réelle, il existe parfois un véritable malentendu.
🔎 TDAH au travail : ce que les autres voient
Dans la plupart des cultures professionnelles, il existe des règles implicites concernant la conversation.
On attend généralement que chacun parle à son tour.
Que l’on écoute avant de répondre.
Que l’on ne coupe pas la parole.
Ces règles ont leur utilité.
Elles permettent de structurer les échanges et d’éviter que certaines voix prennent toute la place.
Le problème est qu’elles sont souvent considérées comme évidentes.
Comme si tout le monde disposait naturellement des mêmes ressources pour les respecter.
Lorsqu’une personne interrompt régulièrement, les interprétations arrivent vite.
« Elle n’écoute pas. »
« Il veut toujours avoir raison. »
« Elle manque de respect. »
« Il ramène tout à lui. »
Pourtant, la recherche sur le TDAH invite à regarder un peu plus loin que le comportement visible.
🔎 TDAH et fonctions exécutives : ce qui se passe dans le cerveau
Le TDAH n’est pas simplement un trouble de l’attention.
Les recherches actuelles le décrivent davantage comme un trouble de l’autorégulation impliquant notamment certaines fonctions exécutives.
Parmi ces fonctions, on retrouve notamment :
👉l’inhibition comportementale
👉la mémoire de travail
👉la régulation de l’attention
👉la gestion des impulsions
Les travaux du chercheur Russell Barkley ont largement contribué à montrer que les difficultés d’inhibition occupent une place centrale dans le fonctionnement du TDAH.
Concrètement, cela signifie qu’une idée peut apparaître rapidement et créer une forte envie d’être exprimée immédiatement.
Non pas parce qu’elle est plus importante que celle de l’autre.
Mais parce que le cerveau peine parfois à freiner cette réponse spontanée.
À cela s’ajoute un autre phénomène souvent rapporté par les personnes concernées : la peur d’oublier.
Une idée apparaît.
Puis une autre.
Puis une troisième.
Le fil de pensée évolue rapidement.
Attendre plusieurs minutes avant de parler peut alors donner l’impression de risquer de perdre complètement ce que l’on voulait dire.
La prise de parole devient alors moins une volonté d’interrompre qu’une tentative de préserver une information fragile.
🔎 Couper la parole avec un TDAH : un signe d’intérêt ?
C’est probablement l’un des aspects les plus mal compris.
Lorsque quelqu’un coupe la parole, nous supposons souvent qu’il n’écoute pas.
Pourtant, chez certaines personnes TDAH, l’interruption survient parfois précisément parce qu’elles sont engagées dans la conversation.
Une idée rebondit sur ce qui vient d’être dit.
Une association se crée.
Un exemple apparaît.
Une question surgit.
Le cerveau réagit rapidement à l’échange.
Paradoxalement, ce comportement peut parfois traduire un fort intérêt pour la discussion plutôt qu’un désintérêt.
Évidemment, cela ne rend pas l’interruption moins gênante pour les autres.
Mais cela change la manière dont on comprend ce qui est en train de se passer.
🔎 TDAH adulte : interrompre et mal vivre l’interruption
Il existe un paradoxe particulièrement fréquent.
Certaines personnes TDAH coupent régulièrement la parole.
Et pourtant, elles supportent très mal d’être interrompues elles-mêmes.
Vu de l’extérieur, cela peut sembler contradictoire.
Comment peut-on interrompre les autres et être agacé lorsqu’on subit la même chose ?
Là encore, les fonctions exécutives apportent une partie de l’explication.
Construire une idée, maintenir un raisonnement en mémoire de travail et conserver le fil de sa pensée demandent déjà un effort important.
Une interruption peut alors être vécue comme une rupture brutale.
Le raisonnement disparaît.
L’idée s’échappe.
Le fil est perdu.
Ce qui peut provoquer de la frustration, voire une réaction émotionnelle importante.
Autrement dit, la personne ne souffre pas nécessairement parce qu’elle considère qu’on lui manque de respect.
Elle souffre parfois parce qu’elle a perdu l’accès à quelque chose qu’elle essayait de maintenir mentalement.
🔎 TDAH au travail : quand les réunions créent des malentendus
Dans les environnements professionnels, ces situations peuvent devenir particulièrement sensibles.
Une réunion repose largement sur des règles conversationnelles implicites.
Attendre son tour.
Intervenir au bon moment.
Ne pas monopoliser l’espace.
Respecter les prises de parole.
Lorsqu’une personne interrompt régulièrement, elle peut rapidement être perçue comme :
👉impulsive
👉envahissante
👉peu diplomate
👉peu professionnelle
Ces jugements ont parfois des conséquences bien réelles.
Ils peuvent influencer l’image professionnelle, les relations d’équipe ou encore les opportunités d’évolution.
Et pourtant, ils ne disent pas toujours grand-chose des compétences réelles de la personne.
Une excellente analyste.
Un développeur brillant.
Une cheffe de projet compétente.
Un expert métier reconnu.
Peuvent se retrouver réduits à un comportement conversationnel qui finit par masquer tout le reste.
Dans le TDAH au travail, les interruptions de parole peuvent être mal interprétées alors qu’elles relèvent parfois d’une difficulté à inhiber une réponse ou à maintenir une idée en mémoire.
🔎Communication au travail : existe-t-il une seule bonne manière de participer ?
Le sujet soulève une question plus large.
Pourquoi considérons-nous qu’il n’existe qu’une seule manière acceptable de participer à une conversation ?
Certaines personnes réfléchissent en silence avant de parler.
D’autres construisent leur pensée en parlant.
Certaines attendent facilement leur tour.
D’autres ont besoin de réagir rapidement pour conserver le fil.
Les règles sociales ont évidemment leur utilité.
Mais elles reflètent aussi une certaine norme de communication.
Une norme qui convient davantage à certains fonctionnements qu’à d’autres.
Poser cette question ne signifie pas qu’il faut accepter toutes les interruptions.
Cela signifie simplement qu’entre le comportement observé et l’intention réelle, il existe parfois un espace de compréhension qui mérite d’être exploré.
🔎TDAH au travail : des stratégies pour mieux communiquer
Comprendre n’empêche pas d’agir.
De nombreuses personnes TDAH développent d’ailleurs leurs propres stratégies.
👉Prendre une note rapide lorsqu’une idée surgit.
👉Utiliser le chat pendant les réunions en visioconférence.
👉Annoncer son fonctionnement à l’équipe.
👉Demander des tours de parole plus structurés.
👉Revenir à une idée après coup plutôt que l’exprimer immédiatement.
Ces stratégies ne visent pas à faire disparaître le fonctionnement TDAH.
Elles permettent simplement de réduire les frictions entre différents modes de communication.
Comprendre le TDAH au travail permet de construire des règles de communication plus explicites, sans réduire la personne à son comportement.
🔎 TDAH au travail et parole coupée : ce qu’il faut retenir
Lorsqu’une personne TDAH coupe la parole, il est tentant d’y voir un manque d’écoute ou de respect.
Pourtant, les recherches sur les fonctions exécutives montrent une réalité souvent plus complexe.
👉Difficulté à inhiber une réponse.
👉Peur d’oublier une idée.
👉Pensée associative rapide.
👉Besoin de conserver le fil de sa réflexion.
Autant de mécanismes qui peuvent contribuer à ces interruptions.
Comprendre cela ne signifie pas que tout devient acceptable.
Cela permet simplement de déplacer le regard.
Parce qu’avant de conclure qu’une personne n’écoute pas, il peut être utile de se demander ce qui se passe réellement derrière le comportement observé.
Et parfois, ce que nous interprétons comme de l’impolitesse est surtout la rencontre entre deux manières différentes de participer à une conversation.
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Repères scientifiques
Barkley, R. A. (1997, 2015). Behavioral Inhibition, Sustained Attention, and Executive Functions.
American Psychiatric Association. DSM-5-TR (2022).
Nigg, J. T. (2005). Neuropsychologic Theory and Findings in ADHD.
Willcutt, E. G. et al. (2005). Validity of the Executive Function Theory of ADHD.
Brown, T. E. (2013). A New Understanding of ADHD in Children and Adults.
Kofler, M. J. et al. (2019). Working Memory and ADHD.
Pour aller plus loin :
👉 Pour comprendre plus largement les différents profils neuroatypiques et leurs impacts dans les organisations, consultez notre guide complet : Neuroatypicité au travail : comprendre les profils et adapter les organisations :
→ Neuroatypicité au travail : comprendre les profils et adapter les organisations
👉Ces mécanismes rejoignent aussi ceux observés dans l’hyperfocus dans le TDAH, lorsque l’attention devient difficile à réguler.
→Hyperfocus et TDAH au travail : quand la concentration devient à la fois une force et un risque
👉Cette difficulté à maintenir une idée en mémoire peut aussi être rapprochée des enjeux de gestion du temps et de cécité temporelle dans le TDAH.
→TDAH et gestion du temps : ce que la science appelle la « cécité temporelle »
👉Les réunions floues, longues ou peu structurées peuvent aussi augmenter la surcharge cognitive au travail.
→Surcharge cognitive au travail : et si ce n’était pas le détail, mais l’accumulation invisible ?
FAQ – TDAH au travail et interruption de parole
Pourquoi certaines personnes avec TDAH coupent-elles la parole ?
Certaines personnes avec TDAH coupent la parole parce qu’une idée surgit rapidement, qu’elles craignent de l’oublier ou qu’elles ont du mal à inhiber leur réponse immédiate.
Couper la parole avec un TDAH est-il un manque de respect ?
Pas nécessairement. Cela peut être vécu comme un manque de respect par l’entourage, mais l’intention réelle est souvent différente. Il peut s’agir d’un mécanisme lié à l’impulsivité, à la mémoire de travail ou à la pensée associative rapide.
Quel est le lien entre TDAH et fonctions exécutives ?
Le TDAH concerne notamment certaines fonctions exécutives : inhibition, mémoire de travail, régulation de l’attention et gestion des impulsions. Ces fonctions peuvent influencer la manière de participer à une conversation.
Pourquoi une personne TDAH peut-elle mal vivre le fait d’être interrompue ?
Une interruption peut faire perdre le fil de la pensée. Pour certaines personnes TDAH, maintenir une idée en mémoire demande déjà un effort important. Être interrompu peut donc provoquer frustration ou désorganisation.
Comment mieux gérer les prises de parole en réunion avec un TDAH ?
Il peut être utile de structurer les tours de parole, d’autoriser la prise de notes, d’utiliser le chat en visioconférence, de prévoir des temps de reformulation et d’expliciter les règles de participation.
Que peuvent faire les managers pour éviter les malentendus ?
Les managers peuvent éviter d’interpréter trop vite les interruptions comme un manque de respect. Ils peuvent poser un cadre clair, rappeler les règles de communication et proposer des outils permettant à chacun de participer sans perdre le fil.
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