HyperSENSIBILITES sensorielleS au travail : quand l’environnement devient une charge invisible

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Introduction
Le bruit n’est pas neutre.
La lumière n’est pas neutre.
Les interruptions ne sont pas neutres.
Les notifications, les conversations croisées, les odeurs, les changements permanents, les open spaces, les réunions à rallonge ne sont pas neutres non plus.
Pourtant, dans la plupart des organisations, ces éléments sont considérés comme le décor du travail.
Ils font partie du paysage. On ne les questionne plus. On les considère comme normaux.
Et si c’était précisément là que commençait les difficultés ?
Parce que deux personnes peuvent occuper le même poste, assister à la même réunion, travailler dans le même bureau et ne pas vivre du tout la même expérience.
L’une mobilise son énergie pour réaliser son travail. L’autre mobilise cette même énergie pour réaliser son travail… tout en filtrant son environnement.
Et cette différence est largement invisible.
On parle souvent de compétences, de motivation, d’organisation ou de performance.
On parle beaucoup moins de la quantité d’énergie nécessaire simplement pour supporter certaines conditions de travail.
Pourtant, les recherches sur les particularités sensorielles montrent que l’environnement peut représenter une charge importante pour certaines personnes, notamment dans l’autisme, mais aussi dans le TDAH et d’autres profils neuroatypiques.
La question n’est donc pas uniquement : « La personne est-elle compétente ? »
La question est aussi : « Combien d’énergie doit-elle dépenser avant même de pouvoir utiliser ses compétences ? »
🔎Surcharge sensorielle au travail : de quoi parle-t-on ?
Lorsque l’on parle d’hyperréactivité sensorielle, il ne s’agit pas simplement d’être « plus sensible ».
Le sujet est plus complexe.
Les recherches en neurosciences et en psychologie du développement s’intéressent depuis plusieurs années aux différences de traitement sensoriel observées notamment chez les personnes autistes.
Le DSM-5-TR intègre d’ailleurs les particularités sensorielles parmi les caractéristiques diagnostiques de l’autisme, en mentionnant notamment les hyperréactivités ou les hyporéactivités aux stimuli sensoriels.
Autrement dit, certaines personnes peuvent percevoir ou traiter certaines informations sensorielles de manière différente.
👉 Le bruit d’un néon.
👉 Une conversation à l’autre bout de la pièce.
👉 Le bourdonnement d’une climatisation.
👉 Une odeur de parfum.
👉 Une lumière agressive.
👉 Une chaise inconfortable.
Des éléments qui passent totalement inaperçus pour certaines personnes peuvent rester très présents pour d’autres.
Les travaux de Robertson et Baron-Cohen soulignent d’ailleurs que les différences sensorielles constituent une dimension centrale de l’expérience autistique et ne peuvent être réduites à un simple inconfort secondaire.
Il ne s’agit donc pas seulement d’une question de préférence.
Il s’agit parfois d’une différence dans la manière dont le cerveau traite l’information sensorielle.
🔎Le coût invisible du filtrage sensoriel
Le cerveau humain filtre en permanence une quantité considérable d’informations. Heureusement.
Sans cela, nous serions incapables de nous concentrer sur une tâche.
Ce filtrage permet de reléguer à l’arrière-plan une multitude de stimuli jugés non pertinents.
👉 Le bruit d’un ordinateur.
👉 Le mouvement d’une personne dans un couloir.
👉 Une conversation voisine.
👉Le froissement d’un vêtement.
Mais les recherches suggèrent que ce filtrage ne fonctionne pas de manière identique chez tout le monde.
Certaines personnes semblent devoir mobiliser davantage de ressources pour gérer ou ignorer certaines stimulations. Certaines personnes n’arrivent tout simplement pas à filtrer.
Et c’est là que le sujet devient particulièrement intéressant dans le monde du travail.
Parce que ce coût est rarement visible.
Personne ne voit l’effort nécessaire pour ignorer une lumière agressive.
Personne ne voit l’énergie dépensée pour rester concentré dans un environnement bruyant.
Personne ne voit le travail cognitif nécessaire pour continuer à fonctionner malgré une surcharge sensorielle.
Pourtant, cette énergie est bien consommée.
Et une énergie utilisée pour filtrer l’environnement n’est plus disponible pour analyser, créer, mémoriser, apprendre ou collaborer.
🔎Quand l’environnement de travail devient une deuxième tâche
Nous avons tendance à considérer que le travail correspond à la mission confiée.
👉 Rédiger un rapport.
👉 Accueillir un client.
👉 Animer une réunion.
👉 Gérer un projet.
Mais pour certaines personnes, une deuxième tâche s’ajoute constamment à la première.
👉 Gérer le bruit.
👉 Gérer les interruptions.
👉 Gérer les changements.
👉 Gérer les sollicitations.
👉Gérer les imprévus.
👉 Gérer la surcharge.
L’environnement devient lui-même une activité à temps plein.
Et c’est souvent ce qui rend certaines situations si difficiles à expliquer.
Parce que la difficulté ne vient pas nécessairement du travail lui-même.
Elle vient parfois de tout ce qu’il faut gérer autour du travail.
Cette distinction est essentielle.
Une personne peut parfaitement maîtriser ses missions tout en étant épuisée par les conditions dans lesquelles elle doit les réaliser.
🔎Open space et bruit au travail : pourquoi ce n’est pas neutre
Les open spaces illustrent particulièrement bien cette réalité.
À l’origine, ils ont été conçus pour favoriser la communication, la collaboration et la circulation de l’information.
Mais la littérature scientifique sur le bruit et la performance cognitive montre une réalité plus nuancée.
Les interruptions fréquentes, les conversations environnantes et les sollicitations permanentes peuvent altérer l’attention, augmenter la fatigue mentale et réduire la performance sur certaines tâches complexes.
Cela concerne l’ensemble des salariés.
Mais lorsque les particularités sensorielles s’ajoutent à l’équation, le coût peut devenir beaucoup plus important.
Ce qui est perçu comme une simple nuisance pour certains peut devenir une source permanente de surcharge pour d’autres.
Le problème n’est donc pas que certaines personnes seraient trop sensibles.
Le problème est peut-être que nous avons fini par considérer certains environnements comme normaux alors qu’ils sont extrêmement stimulants.
🔎Autisme, TDAH et surcharge sensorielle au travail
Il est important de rester nuancé.
Toutes les personnes autistes ne présentent pas les mêmes particularités sensorielles.
Toutes les personnes TDAH non plus.
Et il serait scientifiquement incorrect de considérer que tous les profils neuroatypiques vivent les mêmes expériences.
Cependant, plusieurs recherches montrent que les particularités sensorielles sont fréquemment rapportées dans l’autisme.
Certaines études suggèrent également des liens entre TDAH et difficultés de modulation sensorielle.
On retrouve aussi régulièrement ce sujet dans les témoignages de personnes présentant différents profils neuroatypiques.
Ce qui compte donc n’est pas l’étiquette.
Ce qui compte est le fonctionnement réel de la personne.
L’objectif n’est pas de supposer des besoins. L’objectif est de les comprendre.
🔎Ce que les entreprises interprètent mal dans la surcharge sensorielle
L’une des difficultés majeures réside dans les interprétations.
Parce que les besoins sensoriels sont invisibles, ils sont souvent traduits en comportements visibles.
Un besoin de calme devient de la fragilité.
Le port d’un casque devient un manque de sociabilité.
Un besoin de récupération devient un manque d’endurance.
Une demande de télétravail devient un manque d’implication.
Un besoin de bureau fermé devient un privilège.
Pourtant, ces comportements peuvent parfois correspondre à des stratégies d’autorégulation.
Autrement dit, des moyens permettant à la personne de préserver ses ressources afin de rester performante.
Le problème est que l’on évalue souvent la forme visible du comportement sans s’interroger sur sa fonction.
Or, comprendre la fonction d’un comportement change complètement le regard porté sur la situation.
🔎Adapter l’environnement de travail sans baisser les exigences
C’est probablement l’un des malentendus les plus fréquents.
Lorsqu’on parle d’aménagements ou d’adaptations, certaines personnes craignent une baisse des exigences.
Pourtant, ce n’est pas ce que montrent les recherches.
Réduire certaines sources de surcharge ne crée pas la compétence. Elle était déjà là.
Cela permet simplement à cette compétence de s’exprimer.
Un environnement plus accessible ne rend pas les personnes plus capables.
Il leur permet d’utiliser leurs capacités dans de meilleures conditions.
La nuance est fondamentale.
Autoriser un casque anti-bruit ne crée pas une compétence.
Clarifier une consigne ne crée pas une compétence.
Réduire les interruptions ne crée pas une compétence.
Mais ces ajustements peuvent éviter qu’une partie importante des ressources soit absorbée par la gestion de l’environnement.
🔎Repenser les environnements de travail considérés comme normaux
L’hyperréactivité sensorielle nous oblige finalement à poser une question plus large.
Pourquoi considérons-nous certaines conditions de travail comme normales ?
Pourquoi le bruit est-il considéré comme acceptable ?
Pourquoi l’interruption permanente est-elle devenue banale ?
Pourquoi la surcharge sensorielle est-elle souvent interprétée comme un problème individuel ?
Ces questions dépassent largement la neuroatypicité. Elles interrogent notre manière de concevoir le travail.
Parce qu’un environnement professionnel n’est jamais neutre. Il favorise certains fonctionnements.
Il en complique d’autres.
Et ce que nous appelons parfois adaptation consiste simplement à rendre visible ce qui était jusque-là ignoré.
🔎Surcharge sensorielle au travail : ce qu’il faut retenir
L’hyperréactivité sensorielle n’est pas une question de fragilité.
C’est une question de traitement de l’information.
Dans certains environnements professionnels, une partie importante de l’énergie peut être mobilisée pour gérer les stimulations, filtrer les distractions ou maintenir son attention malgré la surcharge.
Cette réalité est particulièrement documentée dans l’autisme, mais elle peut également concerner d’autres profils neuroatypiques.
Comprendre ce phénomène permet de déplacer le regard.
Le problème n’est pas toujours la personne.
Le problème peut aussi être un environnement que nous avons cessé de questionner.
Et peut-être que l’inclusion commence précisément là.
Lorsque nous acceptons de regarder ce que nous appelions « normal » avec un regard neuf.
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Sources scientifiques
American Psychiatric Association. DSM-5-TR. Autism Spectrum Disorder.
Dellapiazza, F. et al. (2020). Sensory processing in autism spectrum disorders and its relation with adaptive functioning.
Parham, L. D., & Mailloux, Z. (2010). Sensory Integration.
Szalma, J. L., & Hancock, P. A. (2011). Noise effects on human performance: A meta-analytic synthesis.
Pour aller plus loin :
👉 Pour comprendre plus largement les différents profils neuroatypiques et leurs impacts dans les organisations, consultez notre guide complet : Neuroatypicité au travail : comprendre les profils et adapter les organisations :
→ Neuroatypicité au travail : comprendre les profils et adapter les organisations
👉 Ces enjeux rejoignent aussi les besoins invisibles dans l’autisme au travail, notamment autour de la régulation sensorielle et de la prévisibilité.
👉 La surcharge sensorielle peut également s’ajouter à une surcharge cognitive au travail lorsque les interruptions, le flou et les sollicitations s’accumulent.
→ surcharge cognitive au travail
FAQ – Surcharge sensorielle au travail
Qu’est-ce que la surcharge sensorielle au travail ?
La surcharge sensorielle au travail apparaît lorsqu’un environnement professionnel expose une personne à trop de stimulations : bruit, lumière, odeurs, mouvements, interruptions ou conversations croisées. Ces éléments peuvent mobiliser beaucoup d’énergie et réduire la capacité de concentration.
Quelle est la différence entre hypersensibilité sensorielle et surcharge sensorielle ?
L’hypersensibilité sensorielle désigne une sensibilité plus forte à certains stimuli. La surcharge sensorielle correspond au moment où ces stimulations deviennent trop nombreuses ou trop intenses pour être traitées correctement.
Pourquoi les open spaces peuvent-ils être difficiles pour certaines personnes ?
Les open spaces concentrent souvent du bruit, des mouvements, des conversations croisées et des interruptions fréquentes. Pour certaines personnes neuroatypiques, cet environnement peut augmenter la fatigue cognitive et rendre la concentration beaucoup plus coûteuse.
La surcharge sensorielle concerne-t-elle seulement l’autisme ?
Non. Elle est particulièrement documentée dans l’autisme, mais elle peut aussi concerner d’autres profils, notamment certaines personnes avec TDAH, profils DYS ou autres formes de neuroatypicité.
Comment adapter un environnement de travail en cas de surcharge sensorielle ?
Les ajustements peuvent inclure un bureau plus calme, un casque anti-bruit, moins d’interruptions, une meilleure organisation des réunions, du télétravail partiel, un espace de retrait ou une réduction des stimulations visuelles et sonores.
Adapter l’environnement sensoriel revient-il à baisser les exigences ?
Non. Adapter l’environnement ne signifie pas réduire les exigences professionnelles. Cela permet de diminuer les stimulations inutiles pour que la personne puisse mobiliser ses compétences dans de meilleures conditions.
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