Autisme et communication professionnelle : malentendus fréquents et pistes concrètes
🤔 Pourquoi tant de malentendus professionnels concernent-ils la communication lorsque l’on parle d’autisme ?

La communication professionnelle peut fonctionner différemment pour certaines personnes autistes, ce qui peut créer des malentendus dans les organisations.Dans le monde du travail, la communication est souvent considérée comme une compétence « naturelle ». Pourtant, elle repose sur des mécanismes cognitifs complexes : la capacité à comprendre le sens implicite d’un message en fonction du contexte, la capacité à comprendre que les autres ont des pensées, des intentions et des émotions différentes des nôtres, la capacité à comprendre ce qui est implicite dans une situation sociale, ainsi que la régulation émotionnelle et le décodage non verbal.
Les recherches contemporaines en psychologie cognitive et en neurosciences sociales montrent que ces mécanismes peuvent fonctionner différemment chez les personnes autistes. Il ne s’agit pas d’un déficit global, mais d’un fonctionnement neurodéveloppemental spécifique qui peut entrer en décalage avec les normes implicites des organisations.
Cet article propose un éclairage scientifique approfondi et accessible sur les spécificités de la communication chez les adultes autistes en contexte professionnel, ainsi que des pistes concrètes pour prévenir les malentendus.
La communication professionnelle : un système d’implicites
Dans les organisations, communiquer ne consiste pas uniquement à transmettre une information.
Cela implique aussi de :
- décoder le ton,
- interpréter les sous-entendus,
- comprendre les attentes non formulées,
- ajuster son discours selon le contexte hiérarchique,
- gérer les normes sociales implicites.
Or, plusieurs études indiquent que les personnes autistes peuvent privilégier un traitement plus analytique et explicite de l’information, ce qui modifie la manière dont ces implicites sont perçus.
Ce que la science met en évidence – Autisme et communication professionnelle au travail
👉Un traitement plus littéral de l’information
De nombreux travaux en psychologie cognitive indiquent que les personnes autistes ont tendance à traiter l’information de manière plus littérale et plus directe.
Cela signifie que :
- Un message ambigu peut être interprété au premier degré,
- Une consigne implicite peut ne pas être perçue comme telle,
- Une remarque indirecte peut ne pas être identifiée comme une attente.
Il ne s’agit pas d’un manque de compréhension globale, mais d’une différence dans la manière d’interpréter les sous-entendus et le contexte.
Les recherches en neurosciences suggèrent que le décodage automatique des sous-entendus sociaux peut être moins rapide ou moins spontané.
Autrement dit, ce qui est implicite pour certains peut demander un effort conscient pour d’autres, rendant certaines interactions plus coûteuses sur le plan cognitif.
👉La communication non verbale : un décodage différent
La communication non verbale repose sur l’intégration rapide de signaux visuels et auditifs : expressions faciales, prosodie, posture, micro-variations du ton.
Certaines études indiquent que le traitement de ces signaux peut être moins automatique ou plus variable chez les personnes autistes.
Cela peut conduire à :
- Une difficulté à détecter l’ironie,
- Une moindre perception des variations émotionnelles subtiles,
- Un décalage entre l’intention de l’émetteur et la perception du message.
Cependant, les recherches récentes insistent sur une forte variabilité interindividuelle au sein du spectre autistique. Il n’existe pas un profil unique.
Dans un contexte professionnel, ces différences peuvent générer des malentendus, en particulier lorsque la communication repose davantage sur le non-verbal que sur un contenu explicite et clarifié.
Le problème de la « double empathie »
Dans les modèles classiques on postulait un déficit unilatéral de la théorie de l’esprit (la capacité à se représenter ce que l’autre a en tête).
Les travaux plus récents, notamment ceux de Damian Milton (2012), proposent le concept de double empathie : les incompréhensions sont souvent réciproques entre personnes autistes et non autistes.
Autrement dit, la difficulté ne réside pas uniquement dans l’autisme, mais dans l’interaction entre deux systèmes de communication différents.
Des recherches expérimentales ont montré que les personnes autistes communiquent souvent plus efficacement entre elles qu’avec des personnes non autistes, ce qui renforce l’hypothèse d’un décalage interactionnel plutôt qu’un déficit individuel.
Malentendus fréquents en entreprise
Dans le contexte professionnel, ces différences peuvent être interprétées comme :
✔️Un manque de diplomatie,
✔️Une rigidité,
✔️Une communication jugée « brutale »,
✔️Un retrait relationnel.
Ces jugements reposent souvent sur des normes sociales implicites, rarement explicitées.
Ce que l’on juge comme un « bon savoir-être » repose souvent sur des règles non écrites.
Quand ces règles ne sont pas claires ou partagées, les malentendus sont plus fréquents.
Il s’agit alors moins d’un manque relationnel que d’un décalage entre une communication directe et une communication basée sur les sous-entendus.
Le coût de l’adaptation permanente
De nombreux adultes autistes développent des stratégies de camouflage (masking) pour s’ajuster aux normes communicationnelles dominantes.
Ces stratégies peuvent inclure :
✔️ L’observation attentive des codes sociaux,
✔️ L’imitation des comportements attendus,
✔️ L’auto-surveillance constante.
À court terme, cela permet de limiter les malentendus. À long terme, cela peut entraîner une fatigue cognitive importante et un risque accru d’épuisement (augmentation de la fatigue mentale, stress accru, risque plus élevé…).
Pistes concrètes pour prévenir les malentendus
L’objectif n’est pas de transformer les personnes, mais d’ajuster les environnements.
👉Clarifier les attentes
✔️Formuler les consignes de manière explicite.
✔️Éviter les sous-entendus.
✔️Préciser les priorités et les délais.
✔️La réduction de l’implicite diminue la charge cognitive pour tous.
👉Privilégier le contenu au non-verbal
✔️S’assurer que les informations importantes sont écrites.
✔️Reformuler les décisions clés.
👉Autoriser des styles de communication variés
✔️Ne pas assimiler communication directe et impolitesse.
✔️Valoriser la clarté et la précision.
👉Valoriser la communication directe
Les travaux en management interculturel montrent que la clarté explicite réduit les conflits relationnels.
Une communication directe ne constitue pas un défaut relationnel ; elle peut être un atout organisationnel.
👉Structurer les échanges
✔️Résumer les décisions en fin de réunion.
✔️Formaliser les priorités par écrit.
✔️Clarifier les délais.
👉Installer un cadre sécurisé
Les recherches d’Amy Edmondson sur la sécurité psychologique montrent que les équipes performantes sont celles où les membres peuvent poser des questions sans crainte de jugement.
Cette dimension est particulièrement importante lorsque les styles communicationnels diffèrent. Il est alors essentiels de :
✔️Permettre de poser des questions sans jugement.
✔️Expliciter les règles implicites de fonctionnement.
Ces ajustements bénéficient à l’ensemble des équipes, et pas uniquement aux personnes autistes.
Inclusion, performance et clarté : une même logique
Les environnements professionnels qui privilégient la communication claire :
✔️Réduisent les conflits inutiles et malentendus,
✔️Limitent les interprétations erronées,
✔️Améliorent la coopération.
✔️Diminuent la charge cognitive,
✔️Renforcent la performance durable.
La clarté communicationnelle n’appauvrit pas la relation. Elle la rend plus fiable et plus équitable.
En résumé
Les malentendus professionnels liés à l’autisme ne relèvent pas d’un défaut individuel.
Ils résultent souvent d’un décalage entre des modes de communication implicites et un traitement plus direct de l’information.
Comprendre cette différence, c’est déplacer la responsabilité du malentendu vers l’interaction et l’organisation.
Et c’est là que commence une inclusion réellement opérationnelle.
Repères scientifiques
- Happé & Frith (2006–2018) – Cognition sociale et autisme.
- Milton, D. (2012) – The Double Empathy Problem.
- Lai et al. (2017) – Camouflaging in autistic adults
Pour aller plus loin :
Ces situations s’inscrivent plus largement dans la question de la neuroatypicité au travail.
Pour comprendre les différents profils (autisme, TDAH, DYS, HPI) et leurs implications dans les organisations, consultez cet article :
→ Neuroatypicité au travail : comprendre les profils et adapter les organisations
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