TDAH au travail : ce n’est pas un problème d’attention, mais de régulation
🤔 Et si le TDAH au travail n’était pas, contrairement aux idées reçues, un problème d’attention… mais un enjeu de régulation ?
Cet article est consacré au TDAH chez l’adulte en contexte professionnel,
« Manque d’attention », « dispersion », « manque d’efforts » : des interprétations erronées
Dans le monde du travail, les personnes présentant un TDAH sont fréquemment décrites comme :
✔ Manquant de concentration
✔ Désorganisées
✔ Dispersées,
✔ Voire « peu fiables ».
Ces qualificatifs sont courants. Ils sont pourtant scientifiquement inexacts. Ils reposent sur une lecture comportementale du TDAH, alors que celui-ci relève avant tout d’un fonctionnement neurodéveloppemental spécifique.
Clarifier un point fondamental : ce qu’est réellement le TDAH
Le TDAH n’est ni un défaut de volonté, ni un manque d’intelligence, ni un problème de motivation au sens moral du terme.
Il s’agit d’un fonctionnement neurodéveloppemental qui concerne principalement les mécanismes de régulation, notamment :
✔ La régulation de l’attention,
✔ La régulation de la motivation,
✔ La régulation de l’énergie mentale,
✔ Et plus largement, les fonctions exécutives.
Les personnes avec un TDAH peuvent être très concentrées. Mais pas dans n’importe quelles conditions.
Ce que la science met réellement en évidence
👉Le rôle central de la dopamine
La dopamine joue un rôle clé dans la motivation, l’anticipation de la récompense, le maintien de l’effort dans le temps.
Chez les personnes présentant un TDAH, le fonctionnement du système dopaminergique est différent. Conséquence : les tâches peu stimulantes, répétitives ou sans sens immédiat demandent un coût cognitif disproportionné.
Ce n’est pas que la personne « ne veut pas ». C’est que l’effort requis est objectivement plus coûteux dans certains contextes.
👉Une attention contextuelle, pas déficitaire
Contrairement aux idées reçues, le TDAH ne correspond pas à un déficit global de l’attention.
L’attention est instable, mais fortement dépendante du contexte et de l’intérêt. C’est ce qui explique :
✔ L’hyperfocus sur certaines tâches,
✔ Et, à l’inverse, la grande difficulté à démarrer ou maintenir d’autres activités.
L’attention n’est donc pas absente. Elle est conditionnée.
👉Le cœur du sujet : la régulation, pas la capacité
Démarrer une tâche, s’organiser, prioriser, gérer le temps, supporter les interruptions ou passer d’une activité à une autre mobilise fortement les fonctions exécutives.
Chez les personnes avec un TDAH, ces mécanismes de régulation demandent davantage d’énergie mentale.
Il ne s’agit pas d’un manque de compétence. Il s’agit d’un fonctionnement différent de la régulation de l’effort et de l’énergie.
Ce que l’on interprète encore trop mal en entreprise
Dans les organisations, ces réalités neurocognitives sont souvent traduites en jugements :
✔« Manque de concentration »,
✔« Désorganisation »,
✔« Procrastination »,
✔« Manque de fiabilité ».
Ces termes ne décrivent pas des faits scientifiques. Ils traduisent une méconnaissance du fonctionnement attentionnel et motivationnel du TDAH.
Le vrai sujet n’est pas l’attention, mais l’organisation du travail
Le véritable enjeu n’est pas le TDAH en lui-même. Il réside dans l’organisation du travail.
Certaines configurations sont particulièrement coûteuses :
✔ Tâches morcelées sans vision globale,
✔ Délais flous ou irréalistes,
✔ Interruptions permanentes,
✔ Objectifs implicites,
✔ Priorités changeantes.
Ces contextes fragilisent particulièrement les personnes avec un TDAH. Mais ils constituent en réalité des facteurs de risque pour de nombreux salariés, avec ou sans diagnostic.
Inclusion, prévention et performance : un même enjeu
Adapter l’organisation du travail pour des profils TDAH : ce n’est pas « favoriser », ce n’est pas « infantiliser », ce n’est pas « baisser les exigences ».
C’est agir sur les leviers réels de la performance, prévenir l’épuisement professionnel et sécuriser les parcours.
Les environnements structurés, clairs et prévisibles ne brident pas la performance. Ils la rendent durable.
En résumé
Le TDAH au travail n’est pas un problème d’attention. C’est un enjeu de régulation, de motivation et d’environnement.
Comprendre ces mécanismes, c’est cesser d’attribuer aux personnes ce qui relève de l’organisation.
Et c’est là que commence une inclusion réellement efficace.
Repères scientifiques
Les éléments développés dans cet article s’appuient sur des travaux scientifiques reconnus en neurosciences, psychologie et santé au travail :
- INSERM – Trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH).
- HAS (Haute Autorité de Santé) – TDAH chez l’adulte.
- Barkley, R. A. (2015) – Fonctions exécutives et autorégulation.
- Volkow et al. (2009) – Dopamine et motivation.
- Sonuga-Barke et al. (2011) – Régulation motivationnelle.
Ces travaux convergent vers une même conclusion : le TDAH relève avant tout de mécanismes de régulation, et non d’un déficit d’attention ou de volonté.